lundi 19 février 2018

Capitalisme d’État et capitalisme bourgeois

Après l’omnipotence divine, le césarisme des rois, la tyrannie de l’aristocratie, l’absolutisme de la république bourgeoise et la sanctification du travail, voici la sacralisation de l’État.

Depuis la conversion au réformisme des maîtres à penser du socialisme, l’État est le tabernacle où le peuple est adoré. Alors que les nantis renforcent sans cesse leur emprise sur la société, qu’ils ont colonisé l’État avec un cynisme de patron, qu’ils se repaissent des dépouilles du peuple qu’ils volent par l’impôt, les partis démocrassiques à la botte occupent le terrain, calment les exaltés, récompensent leurs dévots, punissent les impies. Le peuple s’incarne dans la personne des représentants. La liberté défigurée trône au haut des tribunes du parlement. La pommade du docteur Miracle a encore prouvé son efficacité : l’État, c’est le peuple !

Depuis cette Révélation, les entreprises sont perçues comme destinées à appartenir au peuple, à l’État. Mais ce dernier n’a d’autre ambition que d’exercer le pouvoir, d’en jouir, de le conserver. Pour cela, comme il est au sommet, tout changement ne peut qu’être une menace. La politique de l’État est donc le statu quo. L’immobilisme garantit la stabilité de son pouvoir absolu. De même de ses entreprises qui sont toujours en situation de monopole et dont il justifie l’inefficacité par le nombre et la sécurité des emplois qu’il assure. Sur cette lancée, l’État est compris comme une propriété collective et les entreprises comme des pourvoyeuses d’emplois.

L’ancien régime tenait le peuple par la religion, par l’œil de Dieu fixé sur tous les actes, par le caprice du Tout-Puissant qui punissait mais récompensait aussi. L’État veille de même sur le peuple par la Sécurité sociale, par ses entreprises et monopoles, par des allocations et autres miettes. Mais comme Dieu avant lui, il est prompt à sévir contre les mécréants qui ne peuvent qu’être des ennemis du peuple dont il est, lui, la personnification.

Cette constatation ne date pas d’aujourd’hui. On lisait déjà dans Umanità Nova du 6 août 1920 : "Pour justifier son existence et faire qu’on le supporte, l’État, organe de domination et d’oppression, doit faire quelque chose, ou faire semblant de faire quelque chose pour les dominés. Et le meilleur moyen qu’il a imaginé est de faire dépendre les intérêts des gouvernés de la permanence et de la stabilité de l’État".

À l’étroit dans le cadre des États traditionnels, les nantis ont bombé le torse et fait éclater les vieilles entravent des frontières. Ils veulent un espace vital à leur mesure et ils ont créé de toutes pièces un Super État : l’Europe du capital et du profit. Comme aucun monopole ne s’est penché sur les fonts baptismaux du nouveau-né, il convenait de lui ouvrir les mêmes possibilités que celles réservées jusqu’ici aux anciens États appelés à disparaître dans l’ombre de cette nouvelle cathédrale du peuple. En attendant la constitution des super monopoles européens dont le capitalisme prépare l’avènement, les frontières doivent s’ouvrir et les petits monopoles actuels doivent être soumis à la concurrence de leurs congénères des autres États. Les capitalistes vont se manger entre eux sous le regard indifférent des anarchistes qui n’ont rien à faire dans ce panier de crabes. On organisera le passage douloureux de l’économie subsidiée aux oligopoles des riches, mais on remarquera que, contrairement aux slogans médiatiques, la Commission européenne n’impose aucune privatisation mais seulement la logique de l’abaissement des frontières : la fin des subventions.

Menacés d’être dévorés par des prédateurs encore plus affamés qu’eux, la camarilla des politiciens monopoleurs a réagi. Les caves se sont rebiffés. Ils ont battu le rappel de leurs fidèles, accapareurs et profiteurs, et les ont lancés dans la rue. Bientôt, par monts et par vaux dans l’espace européen, de longs cortèges se sont déployés où, bras dessus bras dessous, syndicalistes et parlementaires, capitalistes d’État et autres, bureaucrates mais aussi libertaires, se sont retrouvés pour défendre les nantis, leurs représentants et l’État béatifié dans ses œuvres.

Confondus sous les mêmes emblèmes, sous la même idéologie, anarcho-bolcheviks et anarcho-capitalistes ont défilé et agité leurs drapeaux rouges sous l’œil approbateur des parlementaires. Un État plus puissant –et donc plus policier– garantit la liberté du peuple, assurent ces libertaires emmenés par leurs gourous. Ces derniers, marxistes jusqu’au fond des baskets, ces curés du nouveau culte, plus imprécateurs que prédicateurs, ces barbouzes honteux qui fleurissent et se fanent comme genêts au printemps ont en commun la soif du pouvoir dont une gouttelette les sortirait enfin du caniveau où croupit leur ambition. Du haut de leur trahison, ils pourraient alors regarder la foule de moins bas, avoir peut-être leur nom dans le journal, être même au premier rang pour la photo : satisfactions misérables, deniers de Judas. Capitalisme d’État et capitalisme bourgeois, où est la différence ? C’est bonnet blanc et blanc bonnet, comme le répétait à tous propos l’un des leurs en d’autres temps.

Mais faut-il le rappeler encore ? Pour les anarchistes révolutionnaires, anticapitalistes et antiautoritaires, les monopoles d’État et les entreprises doivent être socialisés dans des mutuelles autogérées.

lundi 12 février 2018

Anarchistes  vs  libertaires

La thèse des politiciens est bien connue : le monde est dominé par les multinationales qui empiètent sur les prérogatives des États et diminuent leur puissance. Pour le bonheur de l'humanité, il convient donc de rogner les ailes de ces vilains corbeaux et d'accroître les pouvoirs des États et des politiciens. Ainsi, sans multinationale mais avec un gros État fort et omnipotent, le peuple sera heureux.

On se rappellera toutefois qu'un État dispose de pouvoirs qu'aucune multinationale ne rêve même d'exercer. Un État décide, contrôle et contraint ; il se maintient par sa police ; il punit par amende, prison, travail forcé, peine de mort qu'il abolit ou rétablit à son gré ; il asservit les plus pauvres qu'il dépouille par l'impôt ; il est l'émanation des nantis dont il sert les intérêts ; il fait la guerre à ses voisins avec le sang du peuple ; il est enfin la béquille qui soutient les multinationales qu'il dénonce avec hypocrisie et qui, sans lui, ses faveurs, son assistance et ses pouvoirs de coercition, s'effondreraient sans rémission.

Ce que veut l'État, c'est toujours plus. Aujourd'hui, au nom de la lutte contre le terrorisme et le contrôle des multinationales, alors que le terrorisme est l'essence même de son gouvernement et qu'il est le premier capitaliste accapareur de richesses, il vise à s'insinuer plus encore dans l'intimité privée et la vie publique pour mieux les régenter, mieux museler les révoltés et accroître sa part du gâteau économique.

La différence d'échelle est flagrante. La plus grande multinationale du monde occupe moins de six cent mille personnes tandis qu'un État aussi petit que la Belgique par exemple, tellement minuscule qu'il apparaît à peine sur la sphère terrestre, dispose d'une armée de près d'un million de fonctionnaires dévoués. La France en a cinq millions et les États-Unis plusieurs dizaines de millions. Les multinationales ne sont que des tentacules qui projettent la puissance de leur État hors de ses frontières.

Le discours des politiciens a cependant réussi à jeter le trouble dans la société et même dans les rangs des anarchistes désormais divisés en libertaires rouges et anarchistes noirs. Les Rouges sont réformistes et clouent les multinationales au pilori. Ils militent aux côtés des marxistes pour donner à l'État les moyens d'asseoir son hégémonie au sommet de la société de classes. Les Noirs restent ce qu'ils ont toujours été : des révolutionnaires combattant pour l'égalité de liberté en solidarité avec les opprimés, pour l'anéantissement de tous les pouvoirs, de tous les États, et l'avènement d'une société sans hiérarchie.

L'histoire avait déjà cuisiné un brouet similaire tout aussi indigeste.

Au plus fort de la Grande Guerre, en 1916, alors que la victoire hésitait mais semblait pencher du côté de l'Allemagne, Pierre Kropotkine et quinze anarchistes incontestables, lançaient un appel en faveur de la France, pays de la Révolution et des droits de l'Homme, et appelaient à l'écrasement de l'Allemagne féodale et impérialiste.

Non, dit Malatesta suivi par la grande masse des anarchistes, nous sommes antimilitaristes et internationalistes. Les anarchistes ne font pas la guerre. Ils font la révolution. Les peuples s'entre-tuent pour une cause qui ne les concerne pas. Ils se déchirent et s'assassinent pour assouvir une rivalité entre la France et l'Allemagne, pour flatter l'appétit de puissance des nantis, leurs oppresseurs. Si la France gagne la guerre, les anarchistes feront la révolution contre le gouvernement franco-français. Si l'Allemagne gagne la guerre et installe un gouvernement à Paris, les anarchistes feront la révolution contre ce gouvernement franco-germain.

Aujourd'hui, les libertaires rouges se trompent de combat. Ils ont pris parti dans une querelle qui ne les concerne pas. Les multinationales ? Combien de divisions ? aurait demandé Staline-le-Rouge. Mais ces libertaires égarés ont foi dans les missions de l'État. Ils appellent à l'écrasement des multinationales-souris et à la domination des États-mammouths. Ils auront les unes et les autres. Ils seront les jouets des unes et les esclaves des autres. Les multinationales et les États s'entendront pour leur clouer le bec.

Dans les manifestations anarchistes, les drapeaux rouges côtoient désormais les drapeaux noirs. Beaucoup d'entre eux, les plus nombreux, sont aux deux couleurs. Ils ne sont donc ni rouge ni noir. On ne sait s'il s'agit d'un carnaval ou du défilé des emblèmes d'un club sportif.

Le poison s'est infiltré partout, même dans la presse anarchiste. Ses journaux sont devenus bien pensants, réformistes dans la ligne du pouvoir. On ne compte plus les articles sur le devoir des États en matière de transport ou d'enseignement ou de subsides aux associations ou de protection des biens, sur la légalité à respecter, sur l'ordre public, sur les méchants casseurs car les libertaires new-look sont sages : ils remplissent leur devoir électoral et rentrent ponctuellement leur formulaire de recensement. Ils ont relégué la polémique au placard et l'impertinence au vestiaire. Décidément, le caviar réformiste adoucit les dents les plus dures et les plus pointues. Ce porc-épic n'était qu'un lapin. La guimauve a remplacé le poivre noir. On fait passer le pain bis avec de la confiture. Quant à la révolution et à la mission historique de l'anarchie ? nos libertaires en massepain tolèrent encore leur mention rhétorique mais le plus souvent ils s'en saisissent pour les étouffer sous un coussin.

lundi 5 février 2018

Des  anarcho-bolcheviks ?...

Après la débâcle du marxisme dont l'écroulement par faillite économique et paupérisation de la population avait été annoncé par les anarchistes il y a cent cinquante ans, la liquidation de cette religion capitaliste et autoritaire se poursuit au pas de charge.

Mais un dernier carré de fidèles n'a pas désarmé. Aigris par les mutations successives des partis communistes vers une social-démocratie de plus en plus molle, blessés et offensés dans leurs convictions les plus intimes et orphelins des grandes cathédrales dogmatiques où ils puisaient foi et réconfort, ces rescapés du déluge ont entrepris une œuvre missionnaire. Depuis quelques années, ils parcourent le monde en annonçant la bonne nouvelle : Marx n'est pas mort.

Certains de ces échappés du jurassique ont investi les partis socialistes, démo-chrétiens et écolos principalement où ils ont été priés d'adapter leur rhétorique avant d'entrer. Après avoir balancé entre le cœur et la raison, ces caméléons ont changé de couleur sans beaucoup de problèmes de conscience attestant ainsi que les proclamations les plus pointues sont aussi les plus fragiles. Mais les plus acharnés d'entre eux ont choisi de squatter les associations d'exclus, d'idéalistes ou d'opprimés souvent un peu naïfs mais toujours généreux et solidaires. Et c'est ainsi que des marxistes ont débarqué dans les groupes anarchistes avec leurs œillères, leur idéologie, leur goulag et leur Stasi.

L'hospitalité et la tolérance des anarchistes leur ont souvent joué des tours pendables. Leurs groupes sont ouverts et on y rencontre le meilleur mais aussi le pire. Cette tradition d'accueil est particulièrement favorable aux entristes de tous bords et ainsi s'explique les drames à rebondissements dont ils sont le siège. Les affrontements idéologiques y sont fréquents et des rancunes souvent profondes y plongent leurs racines. L'anarchie se complaît dans le flou et reste vague quant à sa doctrine. Elle proclame la liberté, l'égalité et la solidarité et semble déjà essoufflée par cette seule affirmation au point de ne pouvoir ni définir sa philosophie ni décrire la société qui sortira de sa Révolution.

Mais un examen superficiel des convictions marxiste et anarchiste est révélateur ; il est même d'une clarté si éblouissante que beaucoup d'esprits en sont aveuglés.

Pour le marxiste stricto sensu, la vérité est simple : en attendant le nirvana toujours promis pour demain, l'État est sanctifié. Il est le siège de la volonté collective et de lui émanent bienfaits et faveurs en récompense de l'obéissance et de la soumission de tous. Il mérite tous les sacrifices et d'abord celui de la liberté d'agir et de penser. Plus les pouvoirs de l'État seront étendus et plus le bonheur du peuple sera parfait.

Pour l'anarchiste, l'État est toujours l'expression des puissants, du grand capital et des nantis. L'État maintient le peuple dans l'obéissance ; il permet l'exploitation de son travail et il réprime ses révoltes. L'État est l'ennemi à abattre et aucune démocratie, aucune justice, aucune égalité, aucun commencement de bonheur ne saurait être envisagé sans son anéantissement.

L'opposition entre le marxisme capitaliste autoritaire et l'anarchie anticapitaliste antiautoritaire est totale.

Et cependant…

À l'occasion des dernières et nombreuses manifestations nationales et transnationales, les banderoles, la propagande et les slogans marxistes ont largement investi, accaparé et encadré les groupes colorés et déterminés des jeunes protestataires. Pour les marxistes intégristes, la mondialisation est l'œuvre des seules multinationales et toute autre vision des choses doit être occultée. On ne peut ni voir ni dire que l'agitation commerciale, financière, militaire, idéologique qui secoue la planète n'est autre que la prise de pouvoir de l'État américain sur le monde. Mais les faits sont tenaces : la précarité de l'emploi, les délocalisations, les transferts de capitaux, l'exploitation des pays du sud ou la prééminence des techniques de l'information sont des valeurs américaines que les médias et les entreprises propagent dans l'opinion pour la convertir à la culture d'outre-Atlantique. Les multinationales et les États sont et restent main dans la main pour assujettir les masses. Les mêmes hommes sont aux commandes des unes et des autres. Des États forts et répressifs seront les gardiens des profits des multinationales. C'est ainsi que le capitalisme principalement américain s'installe et se renforce partout dans le monde. Et pendant ce temps-là, nos anarcho-bolcheviks appellent au renforcement des pouvoirs des États pour contrebalancer l'influence des multinationales sans comprendre que les uns ne vont pas sans les autres et qu'il n'y aurait pas de multinationales s'il n'y avait pas d'États. Mais pour le marxiste, l'État est saint. Il faut le révérer, lui, ses répressions, son capitalisme, ses guerres et ses prisons.

On connaît la sensibilité de l'opinion aux problèmes sociaux, de la santé et des retraites. Les États assurent une pension chiche aux vieux travailleurs et plantureuse aux fonctionnaires par la répartition, système injuste de contrainte qui, sous peine de banqueroute immédiate, impose à l'ensemble de la population de cotiser plus qu'elle ne recevra quand elle aura atteint l'âge de la retraite. Seul un État coercitif peut imposer de tels sacrifices sans contrepartie équitable. Lorsque la Révolution aura supprimé l'État et ses exactions, les services sociaux seront assurés par les mutuelles d'assistance autogérées, groupements typiquement anarchistes, dispositifs cohérents et réalistes, solidaires et égalitaires, organismes anticapitalistes et antiautoritaires dont les décisions seront l'expression de la volonté populaire qui se substituera aux décrets actuels des quelques profiteurs embusqués sous l'édredon étatique. Cette perspective progressiste donne des cauchemars aux marxistes fossilisés dans leur strate totalitaire et les empêche visiblement de dormir. Ils n'ont de cesse de présenter les mérites de la répartition et, sans le citer vraiment mais en l'insinuant, son corollaire obligatoire et nécessaire : l'État omnipotent, omniprésent, contraignant, répartissant, compatissant envers les riches et sévère envers les pauvres. Nos anarcho-bolcheviks appelleront à manifester pour défendre la pension par répartition et aussi, forcément et évidemment, pour promouvoir un État autoritaire et tout-puissant. À défaut d'argument pour défendre l'indéfendable, ils utiliseront en vrac l'injure et le dénigrement, la calomnie et l'invective, le mensonge et la mystification, ces sous-produits de leur dialectique.

À l'occasion des élections présidentielles françaises, les anarchistes ont pu mesurer l'influence grandissante des marxistes parmi eux et, par conséquent, l'effacement relatif de leur idéal de liberté et d'égalité. Alors que la différence entre les deux candidats restés en lice au deuxième tour ne dépassait pas l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette, alors que l'un était aussi malhonnête que l'autre, que l'un était aussi autocrate que l'autre, aussi menteur, voleur, exploiteur, profiteur ou répressif, des groupes anarchistes ont proclamé la démocratie en danger et appelé à faire barrage à l'un plutôt qu'à l'autre. Le vote anarchiste allait abattre le fascisme et, évidemment et forcément, mettre en selle son frère jumeau sous les applaudissements du peuple en liesse. Des mathématiques très modernes et rénovées étaient appelées à la rescousse pour les besoins de la démonstration. On nous assurait que, recueillant 80 % des suffrages, le candidat soutenu par les anarcho-bolcheviks serait moins bien élu qu'avec 60 %… On en reste encore baba. Mais la grande philosophie mène à tout, depuis la logique jusqu'à son contraire. L'objectif n'était évidemment pas de convaincre les anarchistes des mérites de l'un des candidats, mais de les amener à voter. Car le vote n'est pas seulement un choix, c'est aussi un geste d'adhésion, une approbation, un consentement. Ainsi, des anarchistes allaient reconnaître l'État, ses pompes et ses œuvres. D'un vote hésitant, on passerait à des prises de position plus décidées sur l'évolution de la société, sur une adaptation nécessaire aux impératifs nouveaux de la modernité, sur la hiérarchie de l'égalité et la relativité de la liberté, et enfin sur le rôle régulateur de l'État parfois démocratiquement élitiste et répressif. La réflexion forme les convictions et, après un petit pas timide dans un bureau de vote, on pourra tenter une enjambée plus hardie du côté d'un parti politique avant de faire le grand saut vers le paradis de l'État marxiste, son goulag et son knout.

Mais la leçon de l'élection présidentielle fut d'abord et uniquement donnée par le spectacle de la publicité et de la propagande des médias. L'élu fut d'abord et uniquement le candidat des médias. Le secret de la majorité stalinienne n'est nullement la peur ou l'attachement à une personne ou l'indifférence ou la sottise ou le bourrage des urnes, c'est seulement le résultat d'une campagne publicitaire unilatérale. C'est ainsi qu'à l'occasion de l'élection présidentielle, les dessous de la démocratie parlementaire ont été dévoilés. Ils ne sont pas des plus affriolants même s'ils sont tout à fait conformes aux appréhensions des anarchistes. Après cela, il faut être bien sot pour ne pas avoir tout compris de l'escroquerie électorale.

L'anarcho-bolchevik est facile à identifier. Il est parfois mais pas toujours issu du parti communiste ; il est un peu paumé et déboussolé, dégoûté et réactionnaire, nostalgique et amer. Souvent fonctionnaire du type enseignant, il est autoritaire et frustré mais loyal envers l'État qui le nourrit, l'abrite et le paie. Intellectuel et élitiste, entraîné par sa fonction à punir, il est un peu méprisant envers le populo et jaloux de ses privilèges qu'il assimile à la juste rétribution de sa supériorité. Mains blanches et œil sombre, il ne peut manquer de détonner dans le cercle égalitaire et solidaire des anarchistes. Mais, comme ces derniers répugnent à exclure, ils le subissent avec ses discours, ses fulminations, son État-poulailler, ses humeurs et ses colères. L'anarcho-bolchevik ne serait qu'ennuyeux s'il n'inclinait à monopoliser la parole, à ergoter, à chicaner et à accabler ses interlocuteurs de ses moqueries condescendantes. Lorsqu'il arrive à se faire épauler d'un congénère, l'anarcho-bolchevik, déjà naturellement dominateur, devient vite insupportable et même dangereux.

Si les adaptations successives de la doctrine par le parti communiste ne lui conviennent pas, s'il considère les actualisations et relectures scientifiques du marxisme comme des apostasies, s'il estime contrairement à l'enseignement de Marx lui-même que le dogme est intangible et valable en tout temps et en tous lieux, le marxiste déçu pourrait rejoindre l'une ou l'autre de ces nombreuses officines de déprimés communistes, socialistes, synarchiques, trotskistes ou autres qui pullulent comme des pucerons, se créent sans cesse, disparaissent aussi vite pour reparaître ailleurs avant d'éclater en schismes antagonistes plus marxistes les uns que les autres. Nul doute qu'il y trouverait à satisfaire son trop-plein d'idéal et d'amertume. Les éclats de voix ainsi que les bagarres qui s'y déroulent et dont les échos animent le voisinage prouvent en tout cas la vitalité des protagonistes et l'entraînement de l'élite à préparer le Grand Soir. Mais certains d'entre ces purs ne trouvent nulle part un public à leur niveau, assez évolué pour les comprendre, pour les applaudir et les suivre. Vagabondant de groupes en associations, cherchant sans jamais trouver, ils aboutissent finalement chez les anarchistes qu'ils tentent de pervertir et de rallier à une idéologie sans avenir dont les faits et la raison ont depuis longtemps prouvé l'inanité.

Pour limiter la pollution engendrée par ces entristes plus ou moins marxistes, dissidents ou orthodoxes, dogmatiques ou utopistes, les anarchistes devraient prendre des mesures de prophylaxie élémentaires. Un groupe anarchiste n'est pas un bazar où n'importe qui vient faire son marché en écrasant les pieds des autres chalands. Pour être accueilli, le récipiendaire devrait montrer qu'il adhère au moins à l'éthique commune. Comme les anarchistes sont ombrageux et de sensibilités très variées, des nuances pourraient s'exprimer de groupes à groupes dans le respect de l'humanisme anarchiste. On y affirmerait par exemple le principe d'égalité de liberté dont découlent l'anticapitalisme, l'antiautoritarisme et toute la philosophie anarchiste ; le refus de tout réformisme, cette collaboration contre-nature avec l'ennemi de classe ; et un appel à la Révolution perpétuelle et permanente, dirigée contre toute autorité et d'abord contre les répressions, les contraintes, les injustices et les crimes de l'État dont l'anéantissement nécessaire annoncera l'avènement d'une société sans hiérarchie, d'une société de liberté, d'égalité et de solidarité.

lundi 29 janvier 2018

Rosa Luxembourg

L'odyssée spartakiste est injustement méconnue. Parce que ses idées et son action la plaçaient en marge des thèses officielles et souvent même en opposition avec la pratique marxiste, Rosa Luxembourg a été poussée vers la coulisse et oubliée dans un recoin de l'histoire.

Issue d'une famille aisée, Rosa Luxembourg est née en 1871 à Zarnosc en Pologne sous occupation russe. Elle commence de brillantes études à Varsovie qu'elle doit interrompre précipitamment pour se réfugier en Suisse afin d'échapper aux poursuites que ses activités révolutionnaires ont entraînées. Après un doctorat en économie politique à l'université de Zurich, elle rentre en Pologne où elle s'oppose aux socialistes qui font de l'indépendance leur revendication principale alors qu'elle veut unifier les prolétaires polonais et russes pour renverser le capitalisme et l'autocratie tsariste. S'expatriant à nouveau et prenant la nationalité allemande, elle adhère au parti social-démocrate mais refuse bientôt les thèses réformistes de Berstein pour défendre le principe d'un marxisme révolutionnaire intransigeant. Elle constate avec colère l'installation du parti et des syndicats dans la société bourgeoise ; elle est déçue par l'évolution des mutuelles, des coopératives et des journaux, tous acquis à l'intégration et à la collaboration de classe, à l'acceptation du capitalisme.

En 1914, alors que les parlementaires sociaux-démocrates allemands mais aussi les socialistes des autres pays européens votent les crédits de guerre et exaltent les vertus patriotiques, elle restera farouchement internationaliste. Avec Karl Liebknecht, elle dénoncera le caractère impérialiste du conflit ce qui lui vaudra de passer la plus grande partie de la guerre en prison. En 1916, avec les dissidents socialistes allemands, elle fondera le mouvement spartakiste dont les options antimilitaristes et révolutionnaires le désigneront à la persécution.

D'abord enthousiasmée par la révolution russe de 1917, elle s'opposera rapidement à Lénine qui préfère un parti bien structuré de militants disciplinés aux improvisations de la grève de masse. De même des pratiques de Trotsky et des autres dirigeants bolcheviks dont elle dénoncera l'autoritarisme et les contraintes imposées par la bureaucratie inhumaine qu'ils ont mise en place.

Affamé par le blocus et humilié par la défaite, le peuple allemand se soulève en janvier 1919. L'insurrection spartakiste sera sauvagement réprimée par les sociaux-démocrates alors qu'ils auraient dû en prendre la tête. Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht seront arrêtés et tués à coups de crosse. Jetés dans le Landwehrkanal à Berlin, les corps seront retrouvés trois mois plus tard.


Journaliste, polémiste et écrivain de talent, Rosa Luxembourg a produit une œuvre considérable. Mais elle est surtout connue pour sa théorie de la "grève de masse".

Pour instaurer le socialisme, la controverse passionnait le landerneau socialiste où les ténors donnaient de la voix : soit le réformisme et l'action parlementaire, soit la révolution et la grève de masse proche de la grève générale chère aux anarchistes, à Fernand Pélloutier et son anarcho-syndicalisme. Rosa Luxembourg est une théoricienne et une adepte convaincue de la grève de masse qui, selon les socialistes de l'entre-deux-siècles, devait déboucher sur la révolution et le changement de société. Elle la décrit dans un style personnel et coloré : "Tantôt elle se répand comme une vaste marée sur tout l'empire, tantôt elle se fractionne en un gigantesque réseau de ruisseaux étroits ; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Elle est la pulsion vivante de la révolution et en même temps son plus puissant ressort…".

Son opposition au réformisme et son penchant pour l'action révolutionnaire auraient pu la rapprocher des anarchistes mais son marxisme butté l'a conduite à privilégier le rôle d'une élite intelligente destinée à exercer le pouvoir, à gouverner et émanciper une classe laborieuse ignorante. Un tel considérant l'écarte absolument de l'égalitarisme anarchiste même si elle a stigmatisé les unanimités fabriquées et les applaudissements laudateurs ratifiant les résolutions présentées aux soviets par la douzaine d'hommes ambitieux qui dirigeaient le gouvernement à Moscou. Les hasards de l'histoire et son destin tragique lui auront au moins épargné de voir son souvenir flétri par les excès que cause toujours l'exercice du pouvoir.

Conforme à la pensée de Marx et Engels, sa contribution ne sera cependant pas reconnue par les dirigeants du mouvement communiste. Lénine constatera dans une épitaphe acide : "Ce fut un aigle malgré ses erreurs". D'une éthique sévère, trop idéaliste et pas assez pragmatique pour les doctrinaires soviétiques, elle ne figure pas au Panthéon du socialisme au même niveau que les monstres sacrés ou sanglants du marxisme historique, pas plus qu'elle n'a trouvé grâce aux yeux des anarchistes antiautoritaires et égalitaires.

Critiquée et reléguée dans un rôle subalterne avant d'être finalement écartée de la scène et ensevelie dans la fosse commune des espérances socialistes, par son talent, sa sincérité et son martyre, Rosa Luxembourg aurait mérité un sort moins cruel.

lundi 22 janvier 2018

Petit conte oriental

Il était une fois, dans un pays lointain, un petit garçon aux grands yeux noirs. Il avait six ans et il travaillait douze heures par jour dans un sombre atelier très poussiéreux.

Survinrent des anarchistes qui venaient du pays de la liberté. Ils voyageaient de par le monde pour étudier les normes sociales et les systèmes d'oppression des contrées qu'ils traversaient.

Ils aperçurent le petit garçon qui travaillait. Ils s'approchèrent et lui demandèrent :

- Petit garçon aux grands yeux noirs, ne préférerais-tu pas jouer avec tes petits camarades plutôt que de travailler dans ce sombre atelier très poussiéreux ?

- Non ! Je préfère travailler ! répondit le petit garçon qui avait bien appris sa leçon.

Même si, au premier abord, les anarchistes furent un peu surpris par la réponse qu'on leur faisait, ils restèrent confiants dans leurs facultés d'analyse. Ils savaient de longue date que la dialectique élève l'esprit vers les cimes tandis que la précipitation obscurcit la pensée. Ils s'arrêtèrent donc pour réfléchir. Après quelques jours de palabre, ils triomphèrent enfin de leurs contradictions en démontrant que l'intelligence doit être subordonnée à la tolérance, que celle-ci vient du cœur tandis que celle-là suinte d'un nerf vil, que la liberté est propre à la personne et qu'elle peut prendre des formes singulières selon les tempéraments et les cultures, que le sentiment perçoit des vérités que l'esprit ne peut appréhender. En conséquence, ils décrétèrent qu'il convient toujours de respecter l'opinion de l'autre même, et surtout, quand on ne la comprend pas. Et ils louèrent la profonde sagesse de ce pays qui donnait aux petits garçons de six ans la liberté de travailler douze heures par jour dans de sombres ateliers très poussiéreux.

* * *

De retour dans le pays de la liberté, les anarchistes remarquèrent bientôt que des jeunes filles allaient à l'école la tête couverte d'un voile disgracieux.

Alors que, de tradition immémoriale, les jeunes filles en fleurs au bord de l'adolescence rivalisent de ruses pour séduire les garçons qui bourdonnent autour d'elles, qu'elles ornent leurs corps juvéniles de bracelets et de bijoux pour mieux les attirer, qu'elles habillent leur jeunesse des couleurs du printemps, les anarchistes observaient curieusement que certaines allaient sans goût, dissimulant sous un voile disgracieux ce que les autres s'ingéniaient à montrer.

Ils s'approchèrent de l'une d'entre elles et lui demandèrent :

- Jolie jeune fille, ne préférerais-tu pas aller à l'école en souriant aux garçons de ton âge dans des atours attrayants plutôt que d'aller la tête couverte de ce voile disgracieux ?

- Non ! Je préfère être une sainte-nitouche et aller à l'école la tête couverte de ce voile disgracieux ! répondit la jolie jeune fille qui avait bien appris sa leçon.

Même si, au premier abord, les anarchistes furent un peu surpris par la réponse qu'on leur faisait, ils restèrent confiants dans leurs facultés d'analyse. Ils s'arrêtèrent pour réfléchir afin de décider en connaissance de cause. Ils savaient déjà que l'intelligence doit être subordonnée à la tolérance et c'est pourquoi leur palabre ne dura que quelques heures. Ils conclurent donc rapidement que, comme le berger porte l'agneau tremblant au passage d'un ruisseau torrentueux, la tolérance assiste et fortifie l'intelligence lorsqu'elle doute devant un obstacle redoutable. Ils en déduisirent logiquement qu'il convient toujours de respecter l'opinion de l'autre même, et surtout, quand on ne la comprend pas. Et ils louèrent la profonde sagesse de leur pays qui donnait aux jeunes filles en fleurs la liberté d'être des saintes-nitouches et d'aller à l'école la tête couverte d'un voile disgracieux.

* * *

Quelques années plus tard, toutes les filles du pays de la liberté durent aller à l'école la tête couverte d'un voile disgracieux. Quant aux petits garçons, ils travaillaient tous douze heures par jour dans de sombres ateliers très poussiéreux.

De leur côté, les anarchistes ne disaient rien. Ils ne disaient plus rien depuis qu'on leur avait coupé la langue.


lundi 1 janvier 2018

Voter pour une personne est antidémocratique. C'est se choisir un maître. C'est se soumettre, c’est s’avilir. La personne choisie détiendra le pouvoir. Elle sera donc nécessairement corrompue car le pouvoir corrompt toujours.

Comme son seul but sera d'être réélu, le politicien ne se souciera pas du tout du bien commun, mais seulement de sa réélection, car le pouvoir est grisant en lui-même ; c'est une drogue qui provoque une addiction tyrannique. Le pouvoir met son détenteur au-dessus de toutes les autres personnes ; il lui procure des avantages sans nombre, des privilèges, du prestige, de la notoriété, de la considération, de la richesse. Pour être réélu, le politicien sera malhonnête ; il n'hésitera jamais à commettre une forfaiture dès lors qu'elle peut le servir ; il contraindra ses obligés et son entourage à servir ses desseins ; il ne reculera devant aucune malversation dès lors que ce moyen indigne peut lui ouvrir des portes. L'histoire récente et passée prouve tout cela. Les exemples sont légions. Il ne faut jamais voter pour une personne. C'est toujours voter contre soi-même.

Si le politicien ne pouvait pas prétendre à plusieurs mandats successifs, s’il était contraint de se retirer sans pouvoir se présenter pour une réélection, lui-même et ses affidés combattraient ce mécanisme électoral avec férocité. Pour un politicien, perdre son siège, voir se tarir la source de toutes ses joies, c’est passer de la lumière à l'obscurité, de l'abondance à l'indigence ; c’est retomber dans la médiocrité, dans l’insignifiance d’où son mandat l’avait sorti ; c’est être privé des prébendes dont il jouit sans compter, des hôtels de luxe, des appartements de fonction, des limousines avec chauffeurs, des voyages en avions privés, du cuissage, des tables dans les meilleurs restaurants, des crus les plus renommés ; c’est perdre des rémunérations injustifiées, des pensions mirifiques, des petits cadeaux, des enveloppes sous la table ; c’est ne plus figurer au premier rang sur la photo, ne plus faire les titres des journaux, ne plus passer à la télévision, ne plus participer au bal politique, ne plus être le plus beau, le plus envié, le plus admiré, le plus louangé, le plus adulé. C’est perdre son graal. Non, tout mais pas ça. Jamais.

Voter pour un projet, c'est se conduire en adulte. C'est accomplir un acte démocratique. C'est apporter son adhésion à une initiative économique ou sociale ou politique ou culturelle ou autre encore. C'est juger de son utilité, de sa pertinence, de l'avantage personnel que l'on en retirera ou de l'intérêt général qui y trouvera un supplément de solidarité ou simplement un plus grand confort, du délassement ou des agréments particuliers. Tout ceci est absent des préoccupations des politiciens dont l'horizon se limite à leur réélection. Pour conserver leur mandat, tous les moyens leur sont bons et surtout les moins généreux voire les plus sordides.

Interrogés par référendum, les français ont l'habitude d'ignorer le fond pour répondre en faveur ou contre l'auteur de la proposition. Cette particularité française enlève à la consultation populaire tout intérêt mais elle s'explique simplement. Les français sont appelés à voter régulièrement et fréquemment pour ou contre des politiciens, et presque jamais pour un projet. Les français sont conséquents et, entraînés à voter pour ou contre une personne, ils suivent leur pente lorsque, rarement, ils sont appelés à se prononcer lors d'un référendum. Selon leur habitude, ils votent pour ou contre l'auteur de la proposition. Les choses changeront lorsque des consultations populaires seront organisées régulièrement, à l'instar des votations en Suisse.

La Suisse est l'un des rares pays où la démocratie n'est pas entièrement confisquée par les politiciens. Les suisses votent régulièrement pour des personnes, mais ils sont aussi souvent appelés à se prononcer sur des projets. À la surprise générale, mais aussi à l'admiration des observateurs, les suisses font preuve d'une maturité politique exemplaire. Ce petit pays est un modèle dont tous les autres devraient s'inspirer ; ils pourraient apprécier les nombreux avantages que retire la société helvétique de son système de votation.

La société du futur devra tenir compte des leçons du passé et des possibilités qu'une saine connaissance de la démocratie peut apporter.

Comme les nombreux politiciens se distinguent principalement par leur incompétence et leur corruption, les dirigeants d'un pays doivent être peu nombreux et désignés par tirage au sort parmi la partie de la population consentante. Le tirage au sort désignerait des personnes dont les compétences seront variées et l'honnêteté peut-être parfois sujette à caution. Mais, l'un dans l'autre, les gouvernements désignés de cette façon, non seulement ne pourraient pas être pires que ceux issus des élections ordinaires, mais à coup sûr, ils seraient forcément meilleurs. Après avoir accompli un mandat, les politiciens retourneraient à la vie civile sans possibilité de retrouver jamais une nouvelle fonction officielle.

Parallèlement, tous les actes du gouvernement seraient soumis à l'aval du peuple. L’Internet pourrait servir d’interface. Les projets pourraient procéder des gestionnaires ou du peuple lui-même. Le gouvernement serait seulement chargé de mettre les projets en œuvre et de réaliser les volontés du peuple exprimées par des votes. Ceux-ci approuveraient ou sanctionneraient les décisions ou, éventuellement, révoqueraient le mauvais gestionnaire ou condamneraient son écart de conduite.

lundi 25 décembre 2017

Le comportement des politiciens est l’un des principaux problèmes que la société d’aujourd’hui n’arrive pas à résoudre. Comment est-il possible qu'ils soient aussi mauvais ? aussi corrompus ? aussi insensibles aux souffrances du peuple, à ses souhaits, à ses difficultés ?

C'est que le politicien a d'autres chats à fouetter. Il occupe une position particulière qui l'écarte décidément des préoccupations du peuple. Il vit dans les palais de la nation ; il fréquente les meilleurs hôtels ; il se déplace en voiture avec chauffeur ou en avion privé ; il jouit de la considération générale, de ses subordonnés comme des maîtres de la bourse ; il participe à des services de photos pour les journaux people ; il donne des interviews aux journalistes ; il discoure dans des meetings et à la télévision ; l'encens du pouvoir et des hommages lui embrume l'esprit.

Il évolue à des années lumière du peuple. On peut comparer sa condition sociale à celle des aristocrates de l'Ancien Régime dont les modes d'existence n'avait aucun rapport avec ceux du peuple, avec ceux des culs-terreux, comme ils aimaient à le souligner.

Le politicien n'a qu'une préoccupation. Elle l'occupe nuit et jour. Il travaille sans cesse à sa réélection. Pour cela, pour conserver tous ses avantages, il est prêt à tout. Et on le voit au quotidien.