lundi 15 août 2016

Les juifs ne croient plus en Yahvé ni en la Torah ni aux prophètes. La persécution des années quarante où les plus religieux d'entre eux ont été massacrés leur a montré, prouvé, que contrairement à la promesse de l'Alliance, la colère de Yahvé ne s'abattait pas sur les mauvais juifs, les prévaricateurs, les incroyants et athées, réfugiés aux Etats-Unis.

L'extermination a surtout eu pour résultat la disparition des juifs d'Europe centrale, les plus religieux, les plus pieux, ceux qui observaient la Torah avec le plus de scrupule. L'enseignement des rabbins se trouve ainsi pris en défaut. Comment expliquer ce massacre aux juifs ? Les mauvais juifs survivent et les Justes sont exterminés. Les juifs en ont tiré les conséquences. Ayant été trompés par des discours fallacieux, les juifs ne croient plus. Mais dans ces conditions, que devient la communauté juive ? La religion énonce que l'enfant d'une mère juive est juif. Cette prescription tombe-t-elle aussi en désuétude ? Forcément, puisqu'il s'agit d'un précepte religieux.

Dans ce monde détruit, tout a disparu : une religion millénaire et la communauté qu'elle rassemblait autour d'elle.

Mais les juifs ne se sont pas décidés à disparaître. Leur communauté a voulu survivre. Les liens familiaux doivent pouvoir être déterminés autrement que par des postulats religieux. Si l'appartenance à la communauté juive ne peut plus dépendre de la mère juive en raison du rejet de la religion, elle sera déterminée autrement.

Dorénavant, dégagé de toute religion, mais conservant la force que produit l'ancienneté et l'originalité, le juif sera celui -en dehors des convertis évidemment- dont un ascendant a subi la persécution, victime de l'idéologie nationale-socialiste ou d'un autre pogrom.

Mais, comme cette règle est très restrictive et limiterait par trop le nombre final des juifs, il était nécessaire d'y apporter un assouplissement. Sera juif celui dont une relation, un proche, un voisin, un parent ou un ascendant de l'une ou l'autre de ces personnes aura été déporté ou menacé de l'être.

Ainsi, le juif est laïcisé, et la tragédie du XXe siècle aura servi à renouveler et à rénover la communauté juive en la dégageant des anciennes exigences d'une religion anachronique et dépassée par un monde occidental en mouvement et changeant où les croyances se sont modifiées et ne reposent plus sur des préjugés religieux.

Mais, lorsque Yahvé punit les juifs en expiation de leurs péchés, comme les rabbins l'assurent depuis deux mille ans, les victimes ne sont pas toujours toutes des coupables. Parmi les mauvais juifs sanctionnés, se trouvent aussi forcément des Justes dont la conduite irréprochable devrait leur valoir d'être épargnés. Ils sont néanmoins entraînés dans le châtiment et subissent le sort commun.

C'est que Yahvé n'entre pas dans ces comptes d'apothicaire. Dès lors qu'il a décidé de punir la communauté juive, il frappe indistinctement, sans autre considération que l'expiation nécessaire de la faute collective.

Mais, si on veut entrer un peu dans le détail, on s'aperçoit que les juifs d'Europe centrale ne seraient pas aussi innocents qu'on le croirait. Le sionisme est une doctrine ashkénaze. Tous les promoteurs et dirigeants de ce mouvement sont ashkénazes.

(Dt 28, 47-48) "Puisque tu n'aura pas servi Yahvé ton dieu dans la joie et le bonheur que donne l'abondance de toutes choses, tu serviras les ennemis que Yahvé enverra contre toi dans la faim, la soif, la nudité, la privation totale. Il imposera à ta nuque un joug de fer, jusqu'à ce qu'il t'ai détruit."

(Dt 28, 64-65) "Yahvé te dispersera parmi tous les peuples, d'un bout du monde à l'autre ; là tu serviras d'autres dieux que tes pères ni toi n'avez connus, du bois et de la pierre. Parmi ces nations, tu n'auras pas de tranquillité et il n'y aura pas de repos pour la plante de tes pieds, mais Yahvé t'y donnera un cœur tremblant, des yeux éteints, un souffle court."

(Dt 30, 2-3) "Si tu reviens à Yahvé ton dieu, si tu écoutes sa voix en tout ce que je te commande aujourd'hui, de tout ton cœur et de toute ton âme, toi et tes fils, Yahvé ton dieu ramènera tes captifs, il aura pitié de toi, il te rassemblera à nouveau du milieu de tous les peuples où Yahvé ton dieu t'a dispersé."

Après la diaspora des juifs, sanction imposée en expiation de leurs nombreux et graves péchés comme l'adoration de Veaux d'or et d'idoles, Yahvé pourrait les ramener en Palestine mais à la condition qu'ils s'amendent et qu'ils reviennent à un respect plus concret de la Torah. Les juifs punis doivent attendre leur rédemption, certifient les rabbins. Elle devrait être spectaculaire. La venue de leur Messie serait le signe attendu. Entre-temps, leur retour en Palestine est interdit.

Les dirigeants juifs ashkénazes, qui étaient aussi socialo-athées, auraient violés le décret divin et entraînés une partie importante de la communauté juive à les suivre et à s'installer en Palestine.

Il y aurait là, assurent les juifs orthodoxes, un péché d'une gravité inégalée dont les conséquences pourraient être des plus redoutables.

Il n'y a pas de temps pour Yahvé, ni passé ni avenir. Expulsés de Palestine pour n'avoir pas respecté la Torah comme ils s'y étaient engagés selon les termes de l'Alliance, les juifs sont revenus sans attendre le pardon divin. Ils ont même aggravé leur faute en créant l'Etat d'Israël, manifestant ainsi sinon du mépris à l'égard des volontés de Yahvé leur dieu, au moins une occultation de ses prescriptions ou même une véritable négation de son existence. La punition a été la persécution nationale-socialiste, en l'occurrence instrument de la colère divine. Puisque tout est au présent pour Yahvé, le châtiment peut précéder l'outrage. Mais la présence de l'Etat d'Israël reste théologiquement un péché d'orgueil qui, tôt ou tard, fera l'objet d'une sanction à la mesure de l'offense. C'est ce que craint le judaïsme rabbinique orthodoxe. Mais, après l'holocauste, les juifs ont pu s'estimer quitte envers Yahvé. Ils auraient cependant présumé imprudemment et dangereusement de la mansuétude de ce dieu jaloux, vengeur, ombrageux, exclusif dont les décisions, les rares faveurs comme les châtiments, sont imprévisibles et incompréhensibles pour l'intelligence humaine et qui, jusqu'ici, a poursuivi les juifs de calamités sans nombre pour des fautes somme toute vénielles au regard de cet outrage sans égal dans l'histoire.

Mais le fait est que l'Etat d'Israël est gouverné par des juifs non pratiquants voire antireligieux.

Et, à leur suite, les juifs d'aujourd'hui ne craignent plus les colères de Yahvé.

Le judaïsme s'est morcelé en une multitude d'obédiences parfois antagonistes. On peut y faire son marché. C'est cependant encore une référence dont la réputation permet à la communauté juive de conserver une place enviable dans la société, de revendiquer une origine ancienne et d'obtenir du public la considération qu'il accorde volontiers aux choses d'une grande antiquité.


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