L'importance de l'enseignement est unanimement proclamée. En confirmation de cette opinion, des sommes considérables lui sont consacrées au point qu'elles constituent un des postes parmi les plus boulimiques du budget de l'Etat. Mais, parallèlement, au fur et à mesure que les milliards sont engloutis dans l'enseignement, on constate que l'effet sur la qualité des études semble être tout au plus un maintien vaille que vaille ou même une dégradation des résultats avec des fluctuations dues, semble-t-il, au hasard, et non pas ce qu'on attendait, une élévation du niveau général.
C'est que le pouvoir politique n'est préoccupé que par la multitude des enseignants. Ceux-ci sont favorisés par toutes sortes d'avantages quant aux horaires de travail, aux rémunérations, aux promotions, aux congés, à la sécurité d'existence et par bien d'autres privilèges. Il faut flatter de toutes les façons cette masse d'enseignants, ces millions d'électeurs toujours le bec ouvert comme des oisillons au nid, toujours affamés, attendant que les alouettes tombent toutes rôties. Au regard de ce clientélisme, le but de l'enseignement lui-même qui devrait être de former la jeunesse depuis les rudiments primaires jusqu'aux développements les plus aigus et les plus récents des sciences et des techniques, n'est nullement une priorité pour les politiciens. La qualité de l'enseignement n'est pas rentable électoralement ; elle est donc négligée. Parallèlement, et de manière sous-jacente, l'instruction pour tous est même regardée comme une menace par ces mêmes politiciens.
En effet, les jeunes instruits ne sont plus soumis mais critiques ; ils deviennent responsables et ils analysent sans complaisance la conduite des politiciens ; ils sont individualistes aussi quant aux obligations qu'on leur présente comme relevant de la solidarité nécessaire à la vie harmonieuse et pacifique en société. Ils constatent, par exemple, combien cette solidarité tant vantée, tant chantée la main sur le cœur par les politiciens, profite toujours aux mêmes débrouillards, à ceux qui savent émouvoir et exploiter les bons sentiments des autres.
Cette fameuse solidarité, pensent les jeunes instruits, ne saurait être que volontaire ; elle devrait dépendre d'un mouvement de générosité personnel ; elle serait alors accomplie de gaieté de cœur. Mais lorsque la solidarité est, par un abus de langage, par une dérive lexicale, perçue comme un impôt, on peut et on doit s'interroger sur sa légitimité.
C'est de cette manière que la jeunesse instruite appréhende tous les problèmes de la société. Ceux-ci pèsent sur ses épaules, ils la clouent et l'enchaînent sur le sol comme autant d'entraves alors qu'elle est faite pour voler jusqu'au soleil.
Plus elle sera instruite, plus la jeunesse portera sur la société capitaliste un regard sévère. Lorsque, enfin, après des siècles de confiscation par les possédants, l'instruction générale libérera l'ensemble du peuple, celui-ci exigera une société transformée, une société de liberté, d'égalité des droits, sans hiérarchie ni privilège.
Ainsi, naturellement et par l'instruction du peuple, la société se transformera et adoptera, par un mouvement spontané, le socialisme anarchiste.
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