Les juges rédigent leurs jugements en prenant leur temps, sans doute pour s'éviter une crampe au poignet. Ils recopient des parties entières des conclusions de la partie gagnante et délaissent presque toutes les conclusions de la partie succombante pour ne pas devoir s'astreindre à rejeter une argumentation parfois bien charpentée.
Ce procédé satisfait la partie gagnante mais mécontente à coup sûr l'autre partie. Celle-ci ne comprend pas pourquoi la plupart de ses arguments, développés avec beaucoup de soin et d'attention, sont à peine mentionnés dans le jugement. Tout ce travail est rejeté de facto, sans explication, comme s'il n'avait jamais été écrit.
La possibilité pour les juges de rester dans le vague, ainsi que leur penchant à ne jamais se fatiguer, conduit à la publication de jugements dans lesquels la partie gagnante ne devine pas toujours pourquoi elle a gagné et la partie succombante ne peut, elle non plus, savoir pourquoi elle a perdu.
Ces dérives sont la rançon des mauvaises habitudes et du laxisme dont la répétition au fil du temps donne des jugements une image détestable. Par leurs obscurités et par leurs lacunes, ils éveillent le soupçon de décisions arbitraires.
Cette maladie des juges consistant à ne répondre aux arguments des parties seulement s'ils le veulent bien, si cela correspond à leur bon plaisir, est une plaie pour tous ceux dont la malchance a voulu qu'ils soient entraînés entre les murs d'un palais de justice.
Le remède à ce fléau, que l'on pourrait comparer au sida en raison des dégâts irrémédiables qu'il cause dans la société, est des plus simples : il suffira de contraindre les juges à répondre à tous les attendus des conclusions, aussi bien à ceux de la partie gagnante que de la partie succombante.
Les attendus des conclusions seraient numérotés. Ainsi, il sera facile de les repérer dans le jugement où les justifications du juge porteraient les mêmes numéros. Le juge aurait l'obligation de répondre en fait et en droit à tous les arguments présentés au cours d'un procès.
Du premier coup d'œil, on pourra constater que le juge a bien accompli sa tâche, que tous les attendus des conclusions et leurs numéros se retrouvent dans le jugement.
Ce procédé sera très avantageux car les jugements seront enfin justifiés en fait et en droit. Les parties auront réponse à toutes les questions posées dans les conclusions. Le juge, tenu de répondre, sera quelque peu bridé dans sa volonté de mal juger, de favoriser une des deux parties pour des raisons partisanes, politiques ou personnelles comme on le constate aujourd'hui.
Il va de soi que si le juge omet de répondre à un attendu numéroté, il suffira de constater la faute pour mettre le jugement à néant.
Evidemment, les attendus numérotés seront de règle dans toutes les juridictions et pour tous les juges, en ce compris les juges de cassation. Ces derniers devront aussi répondre aux attendus numérotés alors qu'ils sont souvent les premiers à négliger de prendre en compte des pans entiers de l'argumentation qu'ils ont décidé de rejeter.
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