lundi 15 mars 2010

L'autre jour, entre chien et loup, je m'étais glissé avec un peu d'hésitation dans ce quartier chaud de la ville qui s'étend près du fleuve et déborde vers le nord où s'entassent des immeubles lépreux surchargés d'une population démunie prête à tout pour soulager sa misère et apaiser ses besoins les plus nécessaires. Bientôt, j'atteignis les rues pavées aux petites vitrines où, dans un éclairage tamisé, trônent les demoiselles offertes aux amateurs de chairs fraîches à petits prix. Sur les trottoirs, d'autres jeunes personnes assez entreprenantes invitaient les promeneurs à des plaisirs choisis ou à pénétrer dans des établissements accueillants. Ça et là, des individus un peu louches déambulaient et accostaient les passants avec lesquels, après avoir jeté un coup d'œil circonspect aux alentours, ils échangeaient rapidement quelque chose de dissimulé. Parmi toute cette faune hétéroclite, on ne savait si l'on avait affaire à des filous à l'affût d'un mauvais coup ou à des policiers traquant les petits trafics.

J'étais un peu inquiet car mon fournisseur m'avait fait faux bond la semaine dernière. Comme je savais qu'il tenait d'ordinaire son petit commerce le mercredi, j'étais venu dans l'espoir de le rencontrer enfin et de conclure ce petit marché auquel je tenais beaucoup. J'avais imprudemment versé un modeste acompte et je craignais qu'il s'en contente, qu'il ne se manifeste plus. Tout en marchant, je m'efforçais d'adopter l'allure dégingandée des autres personnes qui traînassaient autour de moi. Je serrais dans ma poche les billets de banque, solde à payer, dont je souhaitais me débarrasser au plus vite.

Alors que je désespérais et m'apprêtais à faire demi-tour, tout à coup, depuis le renfoncement d'une porte cochère, un individu s'avança légèrement de façon à attirer mon attention sans se faire voir des autres personnes. L'ayant reconnu, je marchai aussitôt dans sa direction. Immédiatement et sans un mot, je lui glissai la somme convenue dans la main et je reçu en échange le petit paquet que j'attendais depuis si longtemps. Déjà, l'individu avait disparu dans la ruelle et je m'empressai, en rasant les murs, de sortir de ce quartier mal famé, craignant à chaque pas de tomber dans quelque traquenard ou d'être arrêté et fouillé par on ne sait quel agent qualifié.

Mais tout se passa au mieux. Mes craintes étaient vaines. Je rentrai au plus vite dans mon logis sans rencontrer d'obstacle et je pus enfin jeter un premier coup d'œil sur l'objet de mes désirs, sur l'objet que la loi interdit au citoyen d'encore se procurer : une ampoule électrique à incandescence de 100 watts.

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